Kate Bevan   03 février 2018

L’Afrique sub-saharienne compte aujourd’hui davantage de comptes de paiement mobile que de comptes bancaires traditionnels. Crédit photo : WorldRemit

Si vous utilisez un téléphone portable en Afrique sub-saharienne, vous profitez de la déferlante d’innovations qui génèrent de la croissance sur le continent.

Avec quelque 420 millions d’abonnés à la téléphonie mobile – un chiffre qui devrait dépasser les 500 millions d’ici trois ans –, les téléphones sont les principaux moteurs des services financiers aujourd’hui dans cette région du monde, souligne la GSM Association (GSMA) dans une étude.

L’Afrique sub-saharienne compte aujourd’hui davantage de comptes de mobile money que de comptes bancaires traditionnels, selon cette association internationale rassemblant les professionnels de la téléphonie mobile.

Sur les 277 services de mobile money disponibles en début d’année (à la date de publication de l’étude de la GSMA), près de 140 se situent en Afrique sub-saharienne ; les pays d’Afrique de l’Ouest sont d’ailleurs les plus actifs en la matière.

Dans 7 pays, plus de 40% des adultes utilisent leur portable régulièrement : le Gabon, le Ghana, le Kenya, la Namibie, la Tanzanie, l’Ouganda et le Zimbabwe.

Le fait que les services de mobile devancent, en Afrique sub-saharienne, le reste du monde, n’est pas surprenant : les pays d’Afrique ont toujours utilisé principalement le téléphone portable comme moyen de communication.

 « Dans les régions où les routes sont en mauvais état ou les réseaux téléphoniques souvent en dysfonctionnement, le téléphone portable permet au public de se renseigner sur des prix de produits, d’atteindre d’autres régions ou pays, de se créer un compte mobile money, ou encore de s’informer sur l’actualité et de se divertir », notait déjà Roxanne Bauer pour la Banque mondiale en 2015.

Si les paiements mobiles doivent leur succès au départ aux recharges téléphoniques (crédit de communication mobile) et aux paiements directs entre particuliers, le secteur est aujourd’hui florissant. Il existe une palette de services financiers, allant du paiement de factures au transfert d’argent internationaux, indique l’étude.

Cet essor contribue à l’inclusion financière des populations dans la région : « le fossé entre les sexes en termes d’utilisation des comptes mobile money en Afrique sub-saharienne est moins prononcé. Il est de 19,5 %, soit presque deux fois moins que dans l’ensemble des pays aux revenus faibles et intermédiaires ».

Les régions rurales sortent des zones hors couverture de téléphonie mobile, mais il reste du chemin à parcourir. Crédit photo : WorldRemit

« L’amélioration de l’inclusion financière en Afrique sub-saharienne a réduit les inégalités, en droite ligne notamment avec les 17 Objectifs de développement durable des Nations unies, focalisés sur la diminution de la pauvreté, l’accès à des conditions de travail dignes, la croissance économique, et la réduction des inégalités entre les pays ».

Rishi Raithatha, analyste de la GSMA, souligne que le paiement mobile a donné un coup de pouce à des secteurs tels que ceux de l’eau et du traitement des eaux usées. Ainsi, la Dar es Salaam Water and Sewage Corporation a vu son chiffre d’affaires augmenter de 38% en 2013 lorsqu’elle a introduit le paiement des factures par téléphone portable.

Au Liberia, les enseignants sont payés directement sur leur compte mobile money (ou portefeuille électronique), ce qui signifie qu’« ils n’ont plus à verser de pots de vin ni à payer de frais officieux aux banques et aux vigiles pour percevoir leur salaire », comme l’a dit l’un deux à USAid.

L’essor du paiement mobile a donné du travail aux agents locaux, dont le nombre a été multiplié par 10 entre 2011 et 2016. Selon Rishi Raithatha, ce chiffre est passé d’environ 100 000 en 2011 à près d’1 million en 2016 dans la région.

En seulement 9 mois – entre septembre 2015 et juin 2016 –, les recettes induites par les paiements mobiles ont augmenté de 27% dans la région ; les principaux opérateurs de ces services ont reversé près de la moitié de leurs recettes (47%) sous forme de commissions légitimes de fonctionnement à leurs réseaux d’agents. Sur l’année 2016, ces dernières ont totalisé plus de 400 millions de dollars, selon l’étude.

L’analyste de la GSMA Rishi Raithatha pointe aussi « le caractère essentiel de la présence physique de ces agents qui promeuvent les services de paiement mobile et veillent au respect de la réglementation en vigueur. Cela permet de contrer en amont les éventuelles tentatives de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme ».

De quoi demain sera-t-il fait pour le paiement mobile en Afrique sub-saharienne ? Comme le rappelle Rishi Raithatha de la GSMA, la croissance dans les zones rurales est le mot d’ordre : une précédente étude publiée par l’association a révélé que seuls 17% des « marchés ruraux pouvant être couverts » par les fournisseurs de services le sont, ce qui met en avant la responsabilité des autorités censées bâtir les infrastructures adaptées.

Le message est donc clair : si vous utilisez WorldRemit et d’autres services pour gérer de l’argent et le faire transiter en Afrique sub-saharienne (et hors de cette région), vous faites partie des précurseurs au cœur de la vague technologique qui commencer à déferler. Et ce n’est qu’un début....