Padraig Belton   22 décembre 2017

Née en Ukraine, Elena Suhoviy met un point d’honneur à « épater et régaler ses amis » avec les traditions culinaires de son pays d’origine. 

Il peut arriver que l’on fête Noël dans un autre pays que le sien. Et cela n’empêche pas de le célébrer quasiment comme dans son pays natal.

« Au Malawi, il est d’usage de préparer un grand plat de ragoût accompagné de riz, dans lequel chacun se sert directement. Le repas se déroule en écoutant de la musique traditionnelle », explique Sarah Amani, infirmière malawite travaillant en hôpital psychiatrique à Oxford qui veille à perpétuer cette tradition. 

L’actrice irlando-nigériane Leann O'Kasi affirme quant à elle que le Noël nigérian est similaire. « La tradition veut que l’on déguste du riz jollof [du riz cuit avec des tomates et des épices] et du poulet ».

Du hareng et de la dinde 

Diana Bruk, née à Saint-Pétersbourg (Russie), est partie vivre à New York avec sa famille, et attend toujours avec impatience de vivre un vrai Noël à l’américaine. Ses parents ne partagent clairement pas son enthousiasme.

« Mes tentatives pour concocter un véritable dîner à l’américaine se sont toutes soldées par un échec. Je me retrouve toujours à devoir glisser de la betterave dans les salades, et personne ne m’écoute quand je proscris la présence de harengs et d’oignons. Enfin, la dinde, même si je l’arrose de jus en permanence, a toujours un goût de plat russe ». 

Et la table n’est pas la seule concernée par ce phénomène. « Ma mère m’a toujours interdit de laisser des biscuits pour le Père Noël, car elle pense qu’il s’agit d’une tradition stupide qui ne fait qu’attirer les cafards et les rats ». 

Héritage de l’ex-URSS, le 31 décembre est une fête plus importante pour de nombreux Russes qui, où qu’ils vivent, marquent tous le coup de la même manière. « Tout le monde fait une salade appelée olivye et, à minuit, on écoute le discours de Poutine », poursuit Diana Bruk. « Et pendant qu’il blablate sur la formidable année écoulée, chacun écrit un vœu sur un bout de papier, le brûle et jette les cendres dans une flûte de champagne, qu’il boit aussitôt pour que le souhait se réalise ». 

Epater les autochtones

Native de la ville de Lviv en Ukraine, Eleonora Suhoviy a déménagé au Royaume-Uni. 

Au Royaume-Uni, elle se fait un point d’honneur d’« épater et de régaler des personnes originaires du pays, ainsi que d’Afrique du Sud et de Norvège » en leur faisait vivre les traditions ukrainiennes.

De nombreux jeux traditionnels sont empreints d’histoire « et cherchent à prédire l’avenir notamment pour savoir qui vous épouserez », explique-t-elle. Ces jeux se déroulent avec divers accessoires, notamment « des bougies, des miroirs, des incantations et de la farine versée sur le dessus de la tête ».

Eleonora Suhoviy organise des repas traditionnels ukrainiens avec ses amis britanniques et internationaux. « Les 12 plats que nous préparons sont très particuliers et la Kutia est forcément au menu ». 

La Kutia est le premier des 12 plats servis traditionnellement le 24 décembre au soir en Ukraine. Elle contient des graines de pavot, de blé, des noix et du miel. Chacun des convives doit en manger au moins une cuillère. Autrefois, le chef de famille pouvait prédire, à l’aide du plat, si la prochaine récolte serait très bonne, en tentant de négocier avec les forces de la nature.

Rollmops sont un élément de base du dîner de réveillon de Noël polonais.

Panachage culinaire sans frontières 

De nombreuses personnes font leur propre mélange de traditions de leur pays natal et de leur nouveau lieu de vie. Les Polonais installés en Irlande du Nord, par exemple, consomment de la soupe de poisson s’ils sont originaires de Silésie (Sud-ouest de la Pologne) ou 12 plats s’ils sont du centre du pays – et des crackers de Noël. 

« C’est surtout important pour les familles avec de jeunes enfants, qu’elles souhaitent familiariser avec les traditions locales et pas uniquement celles de la Pologne », souligne Marta Kempny, anthropologue polonaise travaillant à la Queen's University de Belfast. 

Comme les Ukrainiens, les Polonais commencent à fêter Noël le 24 décembre au soir, lorsque la première étoile paraît dans le ciel. Une réelle gageure en Irlande du Nord, où il pleut souvent, note en riant la chercheuse.

Les plats polonais consommés à Noël comportent du chou et des raviolis paluszki à base de grains de pavot, façonnés à la main.

Il y a dix ans, les Polonais d’Irlande du Nord se les faisaient expédier de Pologne, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui grâce aux nombreuses épiceries polonaises qui ont fleuri sur place.  

Il y en a dans les quartiers Sud de Belfast, assez internationaux, et dans l’Est de la ville historiquement protestante et travailliste où les loyers sont bas. 

Cette année, l’anthropologue passera son premier Noël de maman. Elle ne sait pas encore comment elle combinera les traditions polonaises et nord-irlandaises. Elle a cependant appelé Daniel son fils de 11 mois, « parce que ce nom existe en anglais et en polonais ». 

Un Noël nomade 

Parfois, Noël se passe dans différents pays d’une année sur l’autre. 

Joelle Chartouni

Joëlle Chartouni, originaire du Liban mais installée à Londres, explique que passer Noël loin de sa famille, restée au pays, fut très dur au début. Cette année, elle le passe avec sa sœur qui vit en Corse. 

Pour Joëlle Chartouni, originaire du Liban mais installée à Londres, ses premiers Noël au Royaume-Uni furent assez durs parce qu’elle était loin de sa mère ». 

Lorsque sa mère est morte, elle a eu du mal à savoir où fêter Noël. Mais depuis peu, cela va mieux car elle le passe avec sa sœur alors qu’elles vivent dans des pays différents. Celle-ci vit en Corse, où le temps est autrement meilleur qu’à Londres. 

 

Créer du lien social

Les villes attirent énormément les personnes loin de leurs contrées natales au moment de Noël. 

Ainsi, 41% des habitants du centre de Londres sont nés à l’étranger, selon l’observatoire des migrations de l’Université d’Oxford. Ce nombre est seulement de 13,5% pour l’ensemble du Royaume-Uni. 

C’est ce qui a poussé Juliet Potter, maman élevant seule son enfant à Sydney, à créer le site web Orphan Christmas, sorte de « Tinder spécial Noël ». Les nouveaux arrivants dans une ville étrangère sont ainsi invités à fêter Noël ensemble, au lieu de rester isolés.

Elle a eu cette idée après avoir passé Noël toute seule parce que son fils était à l’hôpital. Depuis, son site couvre le Royaume-Uni et d’autres pays.

A Londres, le restaurant turc Shish a pour sa part collé l’an passé l’affiche suivante sur sa vitrine : « Personne ne doit manger seul le jour de Noël ! » 

Le propriétaire, Serdar Kigili, a décidé d’offrir une formule entrée/plat/dessert aux personnes seules, après qu’une dame âgée lui a dit qu’elle serait seule pour Noël. Elle lui a fait penser à sa maman, qui vit en Turquie et qu’il n’a pas vue depuis 5 ans. 

Il a ajouté sur son affiche : « les SDF et les personnes âgées sont les bienvenues ».

Un Noël qui s’internationalise 

Avec les phénomènes migratoires, le monde semble plus petit. En 2015, plus de 244 millions de personnes vivaient dans un pays autre que leur contrée natale, soit 41% de plus qu’en 2000, selon la Division de la population créée par les Nations Unies

Sachant qu’un nombre croissant de personnes passent Noël loin de leur pays natal, les traditions seront amenées à fusionner de plus en plus. 

Dès lors, si l’on vous propose un jour des paluszki accompagnés de riz jollof, ce sera peut-être un peu grâce à Leann O'Kasi et à Daniel… !

Et vous, quelles traditions culinaires aimez-vous mélanger à Noël ? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous ou sur notre notre page Facebook