Alix Murphy, Director of Mobile Partnership   28 février 2017

Comptoir proposant des services de Mobile money à Accra. Crédit photo : Fiona Graham / WorldRemit

A l’heure où le Ghana fête son 60e anniversaire, ce pays a de quoi s’enorgueillir. Les motifs de réjouissance sont légion, tant du point de vue du fabuleux essor économique que de la réussite des Ghanéens, présents aux quatre coins du monde.

Depuis les années 1960, ils sont ainsi des millions à être partis à l’étranger en quête de nouvelles opportunités, laissant derrière eux une économie déprimée par les régimes militaires successifs.

Des milliers de Ghanéens dotés de solides formations, sont ainsi partis vivre notamment au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Etats-Unis et dans d’autres pays d’Afrique.

Ils y ont créé des entreprises, poursuivi leurs études, fondé une famille et créé des communautés. La diversité des pays où ils ont choisi d’émigrer est à l’image du peuple ghanéen, très ouvert sur le monde, et reflète son désir de vivre une vie meilleure.

Au milieu des années 1990, il était estimé que deux à quatre millions de ghanéens (soit 10 à 20% de la population du Ghana) vivaient à l’étranger.

Cette diaspora a gardé des liens étroits avec son pays natal, se réunissant dans des groupes et organisant des événements et fêtes. Ces initiatives leur ont permis de faire vibrer le Ghana dans de nombreuses villes d’Europe et des Etats-Unis.

Le retour aux racines  

20 ans après, la donne a bien changé. Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes Ghanéens à se dessiner un avenir non pas en Europe et aux Etats-Unis, mais au Ghana.

Pour cette jeune génération, ce n’est pas seulement une question de retour aux sources, mais de saisir des opportunités dans un pays prometteur.  

L’équipe de WorldRemit a eu l’occasion lors d’un voyage au Ghana de rencontrer certains membres de cette diaspora. Pour le 60e anniversaire de cette république, nous braquons les projecteurs sur le retour au pays natal de ces expatriés et leur vécu.

Kwami Williams de Moringa Connect. Crédit photo : Fiona Graham / WorldRemit

Kwami Williams, le diplômé du MIT fondateur de Moringa Connect, est un homme très apprécié. Son entreprise travaille avec des petits producteurs de noix de moringa, utilisées pour la fabrication de produits de beauté et de compléments alimentaires haut de gamme.

Les deux frères fondateurs du lunettier Bohten, Nana Kwadwo Osei et Nana Boateng Osei, jouissent également d’une belle notoriété. Ils fabriquent des modèles design à partir de bois et de pièces de métal de récupération.

Et les membres de la diaspora n’ont pas contribué uniquement à la croissance économique du Ghana en y créant des entreprises.

Le succès des portefeuilles électroniques

Après le retour de la démocratie multipartite en 1992, l’économie a connu une forte reprise, stimulée par des réformes législatives et une presse renouant avec la liberté.

Les secteurs industriels, financiers et technologiques se sont ouverts à la concurrence et aux investissements. Aujourd’hui, le Ghana est régulièrement présenté comme un modèle de réussite en termes de gouvernance apaisée et de leadership sur le plan technologique.  

Ces dernières années, le Ghana s’est imposé comme l’un des pays leaders en Afrique dans le domaine des services financiers digitaux, notamment celui des comptes Mobile Money. Ces portefeuilles électroniques permettent à une personne d’envoyer de l’argent à une autre à l’aide d’un téléphone mobile. Ce type de service constitue l’un des moteurs de l’économie du pays : les paiements en espèces perdent en popularité au sein de la population tandis que l’inclusion financière progresse.

Un agent proposant des services de Mobile Money à Accra, au Ghana. Crédit photo : Fiona Graham / WorldRemit

Selon le tout dernier rapport de la Banque du Ghana sur ce secteur, le pays comptait en juillet 2016 quelques 17,2 millions de comptes Mobile Money, contre 10,4 millions l’année précédente.

Au total, les transactions effectuées à l’aide de ce type de services ont dépassé les 9,58 millions de dollars, soit plus de 118% de croissance en 12 mois.

Grâce à des partenariats d’un nouveau genre avec le secteur bancaire et des acteurs de la fintech, les fournisseurs de services de Mobile money du Ghana proposent aux utilisateurs des offres d’épargne, d’assurance, de transfert d’argent et de placements.

Récemment, la Central Bank a donné son feu vert au principe du compte Mobile Money rémunérateur. Le Ghana a ainsi le leadership en la matière, avec la Tanzanie où trois services de mobile money permettent à leurs abonnés de récupérer des dividendes grâce à leur compte.

Garder le contact

Là encore, la diaspora a un rôle crucial à jouer.

L’an dernier, le gouvernement du Ghana a souligné la contribution majeure des transferts d’argent pour l’essor des services de portefeuilles électroniques, grâce à de nouveaux partenariats qui ont permis aux clients de recevoir des fonds de l’étranger directement sur leur compte Mobile Money.

A la fin de l’année 2016, plus de 60% des Ghanéens possédaient un téléphone portable, soit bien plus que la moyenne pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest (47%).

Un agent proposant des services Mobile Money à Accra, au Ghana. Crédit photo : Fiona Graham / WorldRemit

La popularité croissante de ces offres permet à la population de rester toujours en contact avec les amis et proches restés au pays, pas seulement en envoyant des messages et en les appelant mais aussi financièrement.

L’analyse des transactions enregistrées par WorldRemit montre que les Ghanéens vivant à l’étranger se servent davantage que les Nigerians ou les Kenyans de leur téléphone portable pour envoyer de l’argent à l’étranger, le tout dans des proportions supérieures à la moyenne mondiale.

Ils sont à l’origine du succès des comptes Mobile money au Ghana, puisqu’ils envoient instantanément des sommes directement depuis leur smartphone sur le téléphone portable de leurs proches, aussi facilement qu’un message instantané.

Un agent MTN Mobile Money à Koforidua, au Ghana. Crédit photo : Alix Murphy / WorldRemit

Les transactions à l’international vers des comptes Mobile money ont augmenté de 60% ces 6 derniers mois. Celles effectuées par des Ghanéens vivant aux Etats-Unis, aussi bien à Dallas (Texas) qu’à Newark (New Jersey), ont augmenté de 84%.

Ils envoient de l’argent pour acheter des vivres, régler des frais de scolarité, des soins médicaux, mais aussi pour investir dans leur propre entreprise.

L’économie du Ghana, moins axée sur la circulation d’espèces, facilite les paiements électroniques domestiques comme internationaux, ce qui lui permet de récupérer davantage d’argent. Ce système plus souple rend par ailleurs plus accessibles les comptes bancaires digitaux, ce qui participe aussi à la bonne santé de l’économie du pays.

Les Ghanéens de l’étranger méritent amplement d’être salués tant pour leur détermination que pour leur engagement et l’amour qu’ils éprouvent pour leur patrie. Et, surtout, pour les précieuses leçons de vie qu’ils nous donnent.

Cet article a été publié sur le site africabusiness2020.com