Ismail Ahmed, CEO de WorldRemit   06 avril 2016

Ismail Ahmed

Ismail Ahmed parle de l'adaptation des produits aux besoins d'un marché en constante évolution. Picture: WorldRemit / Flickr

A l’occasion de la conférence « Money 2020 Europe » qui s’est tenue à Copenhague, le CEO de WorldRemit, Ismail Ahmed, s’est exprimé sur le thème « Vers un marché des produits dédié à l’inclusion financière ».

Les participants lui ont posé la question suivante : « Par le passé, l’objectif a surtout été de moderniser des services financiers standard pour améliorer l’inclusion financière sur les marchés lésés en termes de couverture. Ce qui, dans l’ensemble, revenait à résoudre la quadrature du cercle... Dans ces conditions, comment des entreprises pourraient-elles mettre au point une solution abordable et évolutive pour les exclus du système, qui serait dans le même temps capable de s’adapter à des infrastructures et à des réglementations disparates selon les marchés ? »

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Le transfert d'argent est essentiel pour contribuer à l'infrastructure économique de nombreux pays. Picture: WorldRemit / Flickr

Lorsque Facebook s’est porté acquéreur de WhatsApp en 2014, l’opération a suscité un scepticisme général dans le monde développé où ce service de messagerie était encore peu connu.

Pourtant, ce choix était pertinent pour les centaines de millions de personnes – pour la plupart dans des pays émergents – utilisatrices de cette application poids plume et très peu portée sur la conservation des données.

S’ils l’ont conçue dans la Silicon Valley, les créateurs de WhatsApp en ont eu l’idée lors de voyages en Amérique latine où ils ont constaté que le monde était connecté essentiellement par une seule technologie moderne : le téléphone portable avec un accès data.

Ils ont également compris que leur service devrait s’adapter à des réseaux et des appareils plus ou moins modernes – des smartphones connectés en 4G aux appareils fonctionnant avec des réseaux 2G (appartenant au passé dans le monde occidental) tels que le S40 de Nokia et les modèles sous Symbian.

Fonctionnant avec des adresses IP, WhatsApp est devenue la plate-forme de messagerie n°1 dans le monde à cause de toutes ces disparités.

Vive la différence

Les équipes de WorldRemit passent beaucoup de temps à travailler sur l’intégration de technologies largement utilisées dans le monde, mobiles notamment. Nous travaillons d’arrache-pied par ailleurs pour nouer des partenariats avec les services financiers et les réseaux dans les pays que nous couvrons. 

La possibilité d’envoyer de l’argent sur un compte Mobile Money à l’étranger permet ainsi au bénéficiaire de recevoir la somme instantanément à tout moment, où qu’il se trouve. Une solution synonyme de souplesse tant pour l’envoyeur que pour le destinataire.

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De nombreux services d'argent mobile sont proposés sur le marché, mais des plates-formes technologiques conflictuelles peuvent poser problème. Picture: WorldRemit / Flickr

Reste que les systèmes de paiement mobile sont très disparates sur le plan des technologies utilisées. Seuls quelques-uns sont basés sur des plates-formes répandues telles que celles d’Ericsson, la plupart ayant été conçus sur mesure.

Pour WorldRemit, cette diversité implique un gros travail sur le plan de l’ingénierie afin de réaliser des intégrations directes, puisqu’il s’agit de relier des systèmes qui n’ont pas été conçus pour interagir au départ. Le tout dans le but d’obtenir une expérience fluide en termes de fonctionnement.

En dépit des difficultés inhérentes, cette entreprise reste nettement moins compliquée que de créer un nouveau portefeuille mobile qui serait universel.

PayPal propose une telle solution qui traite moins de la moitié des transactions enregistrées par les services de Mobile Money dans le monde, sachant que ces dernier croissent plus de trois plus vite !

Reliés au monde

Comme l’a compris WhatsApp, la fragmentation est un défi mais aussi un atout concurrentiel. Nos partenaires sont conscients du besoin de connecter leurs services locaux au reste du monde.

Les banques, les opérateurs mobiles et les agents de collecte d’espèces font la moitié du chemin en développant des interfaces de programmation (API) qui nous permettent d’intégrer notre service avec leurs systèmes, ou de connecter ces derniers avec les API de WorldRemit.

Nous étendons notre réseau rapidement en profitant de l’infrastructure de nos partenaires locaux, ainsi que de leurs équipes et de leur connaissance de notre marque. Lorsque WorldRemit couvre un nouveau pays, notre offre est déjà adaptée aux habitudes, aux comportements et aux besoins de la population locale.

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Des agents comme M-Pesa travaillent avec WorldRemit pour synchroniser la technologie et les plateformes. Picture: WorldRemit / Flickr

D’autres fournisseurs de services concurrents ont également adopté ce type d’approche pragmatique. Mastercard et Visa ont ainsi tenté de s’implanter en Afrique grâce à des cartes qui tirent parti de partenariats avec des services de Mobile Money locaux, au lieu de chercher à créer des comptes bancaires ou de crédit là où ils ne sont pas encore proposés.

Au Kenya, Visa propose des cartes co-brandées avec m-Pesa et rechargeables à l’aide d’un compte Mobile Money. S’il est encore bien trop tôt pour savoir si ce type de service annexe intéresse réellement le public, il a au moins le mérite d’apparaître taillé sur mesure pour le Kenya. 

Pour quiconque cherche à proposer des services financiers partout dans le monde, inutile donc de réinviter la roue. Mais travailler avec des technologies disparates, dépassées dans certains cas, n’est en rien un frein à l’innovation, bien au contraire. Cela rend l’entreprise d’autant plus nécessaire.